ZLECAf à un tournant décisif : promesse de croissance ou réalité difficile ?
La Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf), l’un des projets les plus ambitieux d’intégration économique panafricaine, entre aujourd’hui dans une phase décisive de son existence. Après sa signature par 54 États africains et sa mise en vigueur juridique en janvier 2021, l’heure n’est plus aux seuls discours, mais à l’évaluation des résultats concrets sur le terrain.
Lors de la 2ᵉ édition du Forum d’affaires de la ZLECAf, tenu les 11 et 12 décembre 2025 à Marrakech, les dirigeants politiques et acteurs économiques ont insisté sur le passage de la théorie à la pratique. Wamkele Mene, Secrétaire général de l’institution, a rappelé que l’Afrique est désormais sortie de la phase technique pour entrer dans une phase opérationnelle visant à produire échanges commerciaux, investissements et emplois réels.
La ZLECAf a pour objectif de créer un marché unique de plus de 1,3 milliard de consommateurs, avec un PIB cumulé dépassant 3 000 milliards de dollars, afin d’accroître le commerce intra‑africain qui, historiquement, représente seulement environ 15 % du commerce total du continent.
Pour ses défenseurs, l’accord a un potentiel stratégique majeur. Il pourrait stimuler le commerce entre pays africains, favoriser la transformation industrielle locale et réduire la dépendance du continent aux chocs économiques externes dans un contexte mondial instable.
Cependant, les discussions à Marrakech ont également mis en lumière des défis persistants. La création d’emplois et l’industrialisation locale restent des enjeux cruciaux. Sans capacités productives solides, infrastructures logistiques efficaces et harmonisation des règles d’origine, la ZLECAf risque de bénéficier davantage aux économies déjà structurées, laissant les petites entreprises — qui constituent plus de 80 % du tissu économique africain — à la marge des opportunités.
L’adoption et l’application des mesures de libre‑échange varient encore d’un pays à l’autre, soulignant une mise en œuvre à géométrie variable qui pourrait entraver l’efficacité du projet à l’échelle continentale.
Quatre ans après son entrée en vigueur, la ZLECAf se situe donc à un tournant stratégique, entre la promesse d’un marché intérieur africain unifié et la nécessité urgente de transformer cette vision en résultats économiques concrets et inclusifs.
