
Entreprenariat féminin : Le cri du cœur de Bahirat Soilihi contre les frontières invisibles
Dans les coulisses de l’économie africaine, une réalité demeure occultée par les grands discours : celle des femmes qui produisent, transforment et commercent, mais dont l’activité se heurte à un mur administratif hermétique. Bahirat Soilihi, gérante de Comorec, porte un constat sans appel : l’entreprenariat féminin n’a plus besoin d’incantations, mais d’une libre circulation effective.
Bahirat Soilihi ne se contente pas d’observer les dynamiques du marché. Avec Comorec, elle est au contact direct de celles qui portent l’économie réelle : les agricultrices, les pêcheuses, les artisanes du milieu rural. Ces femmes, souvent privées de diplômes mais dotées d’un savoir-faire technique précieux dans la transformation locale, ne sont pas de simples « bénéficiaires ». Ce sont les moteurs d’une production qui irrigue les marchés locaux et régionaux.
L’asphyxie par la douane
Pourtant, cette vitalité économique bute sur un obstacle majeur, bien plus concret que les débats théoriques : les barrières douanières. Pour Mme Soilihi, le décalage entre les ambitions affichées et le quotidien des entrepreneures est frappant.
« Nous avons la richesse des produits, la richesse culturelle, mais nous n’avons pas la libre circulation », martèle-t-elle. L’exemple qu’elle dresse est parlant : dans la zone de l’océan Indien, paradoxalement proche géographiquement, échanger des biens entre les Comores, Madagascar, l’île Maurice ou les Seychelles relève de la course d’obstacles. Entre les restrictions de visas pour les personnes et les blocages administratifs pour les marchandises, le commerce intra-africain stagne.
Pour Bahirat Soilihi, la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine), bien qu’étudiée et discutée, reste pour l’instant un concept déconnecté du terrain. « On en est encore au stade du discours », déplore-t-elle, soulignant que la réalité logistique empêche les produits africains de s’exporter ne serait-ce que chez le voisin immédiat.
Une économie qui attend sa libération
Le message de la gérante de Comorec est un rappel à la lucidité. Si, aujourd’hui, les ministères dédiés à la condition féminine fleurissent à travers le continent, cette reconnaissance institutionnelle ne doit pas masquer l’urgence de l’action.
Elle rappelle un chiffre qui impose le respect : 80 % de l’économie africaine repose, directement ou indirectement, sur le travail effectué par des femmes.
Face à ce constat, sa position est ferme. Pour les femmes entrepreneures, le temps n’est plus à la passivité. « Ne dites pas que vous n’avez pas de droits. Nous avons des droits, nous avons une chance, et nous devons la saisir », lance-t-elle en direction de ses consœurs. Pour Bahirat Soilihi, l’enjeu dépasse le cadre de l’entreprise : il s’agit d’une nécessité impérieuse. Sans la pleine participation et, surtout, sans la pleine fluidité des échanges portés par les femmes, le développement du continent reste une équation à moitié résolue.
L’analyse est posée : la croissance est là, sous nos yeux, dans les ateliers et les champs. Il ne reste qu’à ouvrir les frontières pour qu’elle puisse enfin circuler.