
48 heures de vol et une « guerre des nerfs » permanente : Le sursaut pragmatique de Fanja Razakaboana
Pour rallier la Tunisie depuis Madagascar, il faut parfois deux jours de transit. Derrière cette absurdité physique, Fanja Razakaboana, Ambassadrice Femmes Leaders Mondiales, pointe du doigt le véritable verrou de l’économie continentale. Entre ciel fermé, parcours d’obstacles financiers et fracture numérique, elle livre une analyse sans concession d’un marché africain qui ne peut plus se payer le luxe d’attendre.
La diplomatie économique aime les grands concepts ; les entrepreneures, elles, se heurtent à la géographie. Lorsque Fanja Razakaboana évoque les marchés africains, elle ne commence pas par les théories de croissance, mais par les heures passées dans les terminaux d’aéroports. Pour participer au dialogue économique continental, des dizaines de femmes d’affaires ont dû sacrifier des journées entières dans des connexions aériennes aberrantes.
Le ciel verrouillé, premier censeur du commerce intra-africain
Pour la leader malgache, le constat est immédiat : l’intégration régionale ne se décrète pas, elle se transporte. « C’est le premier défi si on veut faire des affaires entre pays africains : trouver des solutions pour que la connectivité s’améliore », martèle-t-elle. Comment bâtir des alliances commerciales solides quand voyager d’un bloc régional à un autre s’apparente à une expédition ?
À cette paralysie logistique s’ajoute une autre constante, presque usante : l’accès aux capitaux. Loin des formules polies des institutions bancaires, Mme Razakaboana qualifie la quête de capitaux de « guerre des nerfs ». Une formule brute qui décrit fidèlement le quotidien des PME qui tentent de survivre et de grandir dans un écosystème financier frileux et bureaucratique.
Dans ce paysage complexe, les réseaux d’affaires comme le COMFWB (COMESA) font office de pionniers. En brisant l’isolement, ils permettent d’apprivoiser les spécificités locales, les cultures et les habitudes de consommation de chaque État membre. Mais comprendre le marché ne suffit plus s’il est impossible de l’atteindre physiquement.
Le pixel contre la frontière : l’impératif numérique
Face à l’inertie des infrastructures physiques, Fanja Razakaboana refuse le fatalisme et propose un raccourci : le numérique. Si les routes et les lignes aériennes font défaut, les données doivent circuler.
Pour elle, la priorité absolue réside dans la résorbtion de la fracture numérique. Ce combat passe d’abord par l’alphabétisation technologique des entrepreneures, mais aussi par la création de plateformes de visibilité communes. « Il faut créer des systèmes d’affichage de produits pour qu’on puisse savoir comment accéder aux marchés de ces pays, sur le plan digital », explique-t-elle. Le numérique n’est plus ici un gadget de communication, mais une arme de désenclavement massif, le moyen le plus rapide de contourner les barrières physiques et douanières.
L’Afrique au présent
Malgré la persistance des barrières linguistiques et logistiques, le message de l’ambassadrice reste résolument offensif. Elle balaie d’un revers de main les promesses lointaines : « L’Afrique est le présent, ce n’est plus le futur ».
Son appel final est un refus de la passivité. L’économie réelle du continent, portée en grande partie par l’initiative féminine, doit maintenant imposer son rythme. Pour Fanja Razakaboana, l’heure n’est plus aux négociations timides, mais à l’audace collective pour bousculer les lignes de force établies. Tout est déjà là ; il ne reste qu’à oser franchir le pas.